Ce que la vigne me dit en avril
- 19 avr.
- 2 min de lecture
Il y a quelque chose de particulier dans les matins d'avril sur la Montagne de Reims. L'air est encore frais, parfois tranchant, mais la lumière a changé. Elle est plus longue, plus décidée. Et les vignes, elles, ne mentent pas : elles ont repris.
La taille est derrière nous. La lierie aussi. Ces semaines de travaux minutieux, rang après rang, cep après cep, à la main comme tout ce qui se fait ici, ont tracé la charpente de la future récolte. Ce qu'on décide en hiver dans la vigne, on le retrouve dans le verre... quatre ans plus tard au minimum. Presque un an en fût après la vendange, une mise en bouteille calée juste avant la récolte suivante, puis trois ans de cave minimum avant le dégorgement. Chaque étape à son rythme, sans raccourci. C'est une des vérités fondamentales de ce métier, et l'une des raisons pour lesquelles on ne délègue rien.

Aujourd'hui, nous abaissons les fils. Ce geste, baisser les fils de palissage pour accueillir la future croissance des rameaux, marque une transition. La vigne n'est plus en dormance. Elle monte. Nous la guidons.
Entre les rangs, la première tonte de la saison à commencé. Nous avons fait le choix de conserver une bande enherbée au pied des ceps : un choix de sol, un choix d'équilibre. L'herbe retient l'humidité, nourrit la vie microbienne, limite l'érosion sur nos parcelles en pente. Ce n'est pas le chemin le plus simple, mais c'est celui qui respecte ce que Tauxières, Louvois et Bouzy ont mis des siècles à construire sous nos pieds.

Et puis il y a la surveillance. C'est peut-être la partie la moins visible du travail de printemps, et pourtant l'une des plus exigeantes. Chaque matin, on lit la vigne. On observe le stade de développement des bourgeons, on suit la météo de près, on guette le bon moment pour démarrer les premiers traitements. Trop tôt c'est inutile. Trop tard, c'est trop risqué. Il n'y a pas de protocole universel. Il y a un regard, forgé par les années, par les erreurs et par les réussites.
Ce regard, mon père Jean me l'a transmis. Il me l'a transmis dans les vignes, bien avant que je sache vraiment ce que je cherchais. Aujourd'hui c'est moi qui lis le ciel le soir avant de décider du lendemain.

Tout ce travail de printemps, invisible, physique, patient, c'est déjà le millésime qui se joue. Pas encore dans les cuves, pas encore dans les bouteilles. Juste là, dans la boue des rangs, sous les bourgeons qui s'ouvrent.
C'est pour ça que chaque cuvée que nous produisons raconte une histoire qui commence bien avant les vendanges. Le Clos des Fourches, le Robert Lejeune, qu'il soit Pinot Noir ou Chardonnay, ils naissent ici, en avril, dans ces décisions qu'on prend à deux, Carole et moi, entre deux rangs.
Si vous voulez comprendre ce qu'il y a dans nos verres, commencez par regarder ce qu'il se passe dans nos vignes. Nous sommes là, chaque jour, à les écouter.



Commentaires